L'actualité tourne autour de la réforme des retraites.
Cette réforme concerne bien un activité numérique: banques, retraites, assurances, outils de capitalisation sont tous des outils numériques.
Ce qui a changé depuis leur création déjà ancienne ? L'arrivée des NTIC. Et avec ces nouveaux outils, sans doute aussi une nouvelle perception de la valeur des choses: entre surmédiatisation et
nouveaux outils de paiement, beaucoup de nos concitoyens sont perdus : leur perception de la vraie valeur de l’argent semble s’être dématérialisée avec lui. Et avouons le, la règle d'or n°7 imposant la transparence n'est pas ou très peu
respectée...
Prenons quelques exemples pou illustrer la difficulté grandissante pour certains de bien mesurer la valeur de l'argent:
- nombreux sont ceux qui ne mesurent pas la valeur de leurs dépenses avec autant de justesse depuis qu'ils utilisent une carte bleue. Ca semble si facile et moins concret que des billets de
banque.
- Les pertes de la Société Générale ? Quelques milliards d'Euros qui n'ont même pas fait vasciller l'édifice. La valeur du milliard se serait-elle dépréciée ?
- les pertes abyssales de l'Etat Français semblent le dire. Mais elles constituent un autre exemple assez fou de la valse des milliards, où curieusement il apparait que ce mot "milliard" soit
devenu l'unité de mesure - ou de démesure - de toute action.
- 1 milliard d'Euros à Mr Bannier, pour une amitié très très chère ?
- il y a encore peu, juste avant l'arrivée de l'Euro, lorsque la sécurité Sociale affichait un déficit de 15 milliards de Francs, tout le gouvernement était en transe pour trouver des
solutions... Nous en sommes 10 ans après à 20 milliards d'Euros, soit 130 milliards de Francs environ, et personne ne semble inquiet.
- etc
J'ai décidé, à l'attention des lecteurs, de reprendre à la fin de ce billet un éditorial que j'ai trouvé vraiment bien fait, factuel, et tellement instructif pour nos chers opposants à la réforme
des retraites. Cet éditorial est tiré de Ouest France du 16 octobre 2010, et écrit d'une plume de Maître par François Régis Hutin.
Dans cet éditorial, il est question de la réalité, et du vrai coût des choses...
La gestion des retraites, et plus globalement du système de protection sociale des français étant une activité purement numérique, j'aimerais aujourd'hui proposer une solution moderne - sorte de
NTIC adapté au sujet - pour que chaque citoyen prenne un peu plus conscience de la situation du pays:
- pour les retraites: de la même manière qu'il existe un minimum vieillesse, je suggère l'instauration d'un maximum vieillesse: en plafonnant les pensions à 3.500 euros nets par mois, par
exemple, il serait possible de limiter le montant de la perte de l'Etat. Ainsi, nous resterions dans la philosopie d'un système collectiviste, où le niveau des reversements serait équitable, et
nous ne grèverions pas les plus hauts revenus car ils ont eu, tout au long de leur vie, la possibilité de construire de nombreux plans de retraites complémentaires.
- pour la protection sociale, plus généralement: je propose le versement aux salariés non plus de leur salaire net, mais de leur salaire total, incluant charges salariales et charges patronales.
Il incomberait ainsi à chaque salarié de régler les cotisations sociales lui-même. Par le simple fait de devoir établir chaque mois un chèque équivalent à son salaire net aux organismes sociaux,
je pense que chacun deviendrait beaucoup plus exigeant sur la façon dont l'Etat gère ses deniers, mais aussi beaucoup plus conscient de la valeur de ces prestations.
Car n'oublions pas: le premier impôt payé par un citoyen français est constitué des charges sociales. Il représente chaque mois environ 50% du salaire total, ou autrement dit l'équivalent du
salaire net d'un salarié. Le bouclier fiscal limite donc le poids de l'impôt non pas à 50% des revenus, mais à 75% du salaire total. A méditer...
Et sans transition, voici l'édito promis :
Enrayer le déclin
Editorial par Francois Régis Hutin, Ouest France du 16 octobre 2010
« La France est, parmi les grands pays, celui qui a le plus régressé sur le plan
industriel : depuis la fin des années 1990, la production a reculé de 10 %, l'emploi de 20 %. Sa part de marché dans le commerce mondial est passée de 6,5 % à 3,7 %. Le nombre
d'entreprises exportatrices, de 110 000 à 91 000 (contre 245 000 en Allemagne et 200 000 en Italie...) » (1).
Après un tel constat, faut-il en rajouter ? Pourtant, encore une information : quand Singapour, au
revenu équivalent, connaît une croissance de 18 %, la France n'arrive qu'à 0,6 %... En Asie, le taux de pauvreté commence à régresser dans les pays émergents. Il est à moins de 6 % en Malaisie,
d'à peine 1 % à Taïwan contre13,4 % en France.
Pardon pour tous ces chiffres, mais ils permettent de prendre conscience du recul de notre pays en de
nombreux domaines. Nous ne pouvons plus continuer à nous voiler la face, à donner des leçons au monde, tout en nous enfonçant, les yeux fermés, dans la spirale d'un déclin qu'il est pourtant
urgent d'enrayer.
Or, que voyons-nous ? Des grèves qui, selon Michel Godet, « coûtent chacune 400 millions
d'euros par jour, l'équivalent d'un bouclier fiscal au bout d'une journée et demie ». « Il faut arrêter cette histoire, ajoute l'économiste. La France
est en train de se transformer en Grèce » (2). On ne peut donc pas croire une seconde que la grève puisse nous aider à freiner notre chute. Elle l'accélère et, au bout du
compte, ceux qui tentent d'en sortir par ce moyen aggravent la situation du pays et donc la leur.
Quand on voyage un peu, ne serait-ce que quelques heures sur le port de Hambourg, par exemple, on est
impressionné par l'activité incessante du deuxième port de conteneurs du monde. Il en traite 9 800 000, contre seulement 850 000 à Marseille.
Ne parlons pas de Rotterdam, qui totalise le même trafic que l'ensemble des ports français, en recul.
Leur part de marché en Europe était de 17,8 % en 1989 pour 13,9 % en 2006. Nos ports, pourtant, sont en grève. À Marseille, plus de cinquante navires attendent en rade. Les clients ont le
tournis : escales annulées, conteneurs détournés sur les ports étrangers du Nord, des centaines de millions d'euros perdus. Le raffinage français est en sale position. Du jamais vu depuis
des années (3).
Inventer autre chose
Cependant, certains s'inquiètent: « S'il y a grève aujourd'hui, demain le trafic partira à
Anvers, explique le secrétaire général des dockers de Dunkerque (3). Les 27 000 emplois créés par le port seront en péril. Nous travaillons avec notre cerveau pour
retrouver les volumes perdus par le blocage de 1992. Faire la grève, c'est le plus simple, pas toujours le plus efficace. Si nous ne bloquons pas, c'est pour obtenir un meilleur avenir. On est à
l'avant-garde depuis 1992, je pense qu'on a raison. »
Et pendant ce temps-là se poursuit la bataille pour enrayer la réforme des retraites, pourtant jugée
nécessaire. Défilés, grèves n'ont rien d'illégal. Mais, vu l'état du pays, le blocage économique qu'on déclare vouloir lui imposer est désastreux dans ses conséquences.
De plus, voir des lycéens de15 ans afficher, comme slogan, « Ma retraite à 60
ans » en dit long sur leur mentalité : ignorance, inconscience, vieillis avant l'âge, illusionnés. Quel visage notre jeunesse présente-t-elle au monde ? Quel est son
idéal ? Où est son dynamisme... ?
Avec la crise, la croissance, ici, semble vouée à une certainestagnation; empêchons-la au moins de
diminuer encore. « Nos décisions de justice sociale ont été prises avec une croissance à 3 %, mais, avec 1 %, nous allons devoir inventer autre chose », a dit
Marc-Olivier Padis, de la revue Esprit, hier, au colloque Mounier de Rennes.
Pour ne pas remettre en cause la justice sociale, « cette autre chose à
inventer » nécessite non pas l'affrontement, mais le dialogue loyal et la coopération. Cette jeunesse n'est pas que cela. Il est important de rappeler, comme beaucoup de jeunes le
savent, que leur avenir n'est pas d'abord dans la retraite, mais dans ce qu'ils construiront tout au long de leur vie.
Il convient également de dire que les assemblées générales, aussi participatives soient-elles, se
mettent hors de la démocratie lorsqu'elles votent et appliquent le blocage d'un lycée, d'une entreprise, d'une gare, d'une route. La démocratie, c'est la liberté de parole, c'est le droit de
grève, mais c'est aussi la liberté de circuler et le droit de travailler et d'étudier.
(1) Patrick Arthus, Jean-Hervé Lorenzi, Le Monde, 13 octobre 2010.
(2) Ouest-France, 14 octobre 2010.
(3) le marin, 14 octobre 2010.